Cinéma : l’arrivée de l’IA enthousiasme les professionnels du septième art en Afrique

Cinéma : l’arrivée de l’IA enthousiasme les professionnels du septième art en Afrique

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Promoteur de festivals, réalisateurs, critiques… Ils sont de plus en plus nombreux à penser que le continent ne doit pas rester à la traine en matière d’intelligence artificielle. Sauf que les obstacles sont nombreux et difficiles à franchir.  

Après Marrakech au Maroc, la Côte d’ivoire, le Cameroun et le Niger ont accueilli l’AI Film Awards Afrique, un festival entièrement dédié aux films réalisés grâce à l’intelligence artificielle (AI). Houda Lazaar, la promotrice de ce festival, est une vraie passionaria de l’IA qui croit dur comme fer que cette nouvelle technologie peut bénéficier à l’industrie cinématographique africain. Le nouveau dada de cette Franco-marocaine c’est de convaincre de plus en plus de cinéastes du continent de penser à solliciter l’IA. 

Elle n’est pas la seule à entreprendre cette démarche. En début d’année dernière à Yaoundé, la réalisatrice camerounaise Sylvie Nwet, par ailleurs présidente délégué générale du festival Yarha, a organisé un colloque sur la relation entre l’IA et les productions cinématographiques africaines. Une réflexion censée prouver à l’opinion que l’IA ne fait pas peur aux professionnels du continent. Au contraire. « Quel que soit ce qui pourra arriver, quel que soit ce que nous allons faire de l’IA, nous ne devons pas oublier que c’est l’être humain qui est au centre de tout et non l’inverse », faisait alors savoir Sylvie Nwet au micro de la radio publique nationale camerounaise. 

Télesphore Mba Bizo, journaliste et critique de cinéma, ne pense pas le contraire. Pour lui, « il faut que l’IA soit l’ami du cinéaste. Ce dernier doit intégrer l’IA dans son œuvre sans que l’IA ne lui enlève la paternité qu’il a sur cette œuvre ». Une équation que les cinéastes africains doivent résoudre au plus vite, au risque de devenir des créateurs désuets. « Les technologies ne nous donnent pas le choix. Si on ne s’adapte pas, elles nous éliminent », argue le critique. 

Festival Ecrans noirs 

Difficile de dire toutefois si les cinéastes du continent se sont déjà mis à l’IA. En novembre dernier sur TV5 Monde Afrique, Houda Lazaar rassurait que des films africains réalisés avec l’aide de l’IA sont actuellement disponibles. Bien qu’on soit encore loin de la production américaine, européenne et même asiatique. Le Centre international de recherche et de documentation sur les traditions et les langues africaines (Cerdotola), qui a animé un colloque sur l’IA lors de la dernière édition du festival Ecrans noirs, édition 2025, pense que l’Afrique est encore « au niveau zéro » de la production cinématographique à l’aide de l’IA. « C’est quelque chose qui relève des projections », pense l’universitaire Jean Eudes Biem, un des responsables du Cerdotola. 

Il fait remarquer que l’utilisation efficiente de l’IA dans le cinéma requiert une infrastructure onéreuse, qui demeure un luxe pour la plupart des pays africains. Pour combler l’absence d’une telle infrastructure, les réalisateurs du continent utilisent certains logiciels qui ne garantissent pas toujours le rendu attendu. L’autre frein à la démocratisation de l’IA dans le cinéma africain est d’ordre énergétique. « Les serveurs coûtent chers et ils sont très énergivores », renseigne Jean Eudes Biem, tout en rappelant que les pays africains sont encore loin de satisfaire leur demande en énergie. 

Mais le Cerdotola n’exclut pas que l’IA va finir par s’imposer dans le septième art en Afrique. « Tôt ou tard, nous allons faire avec l’IA », rassure Jean Eudes Biem. Il pense même qu’il est bon que l’Afrique soit la roue du carrosse en matière de IA. Car ce retard peut aider le continent à mieux structurer son industrie cinématographique en évitant que l’IA détruise beaucoup d’emplois. Une crainte d’envergure mondiale. On se rappelle qu’au mois de juillet 2023, Hollywood a été paralysé par une grève menée par les acteurs et les doubleurs. Qui s’opposaient à l’utilisation abusive de l’IA. 

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Michel Ange Nga

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