Sommet Afrique-France 2026 : Emmanuel Macron en quête d’influence à Nairobi

Sommet Afrique-France 2026 : Emmanuel Macron en quête d’influence à Nairobi

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La grande inconnue de ce sommet est de savoir si le président français va pouvoir rassembler un maximum de chefs d’Etat et de gouvernement africain dans la capitale kenyane. Car la participation va sans doute servir de baromètre pour mesurer l’influence de Macron. 

Dans un an, Emmanuel Macron va achever son second et dernier quinquennat à la tête de l’Etat français. En attendant cette échéance, le président français a donné rendez-vous à ses homologues africains les 11 et 12 mai prochain, à Nairobi, la capitale kenyane, pour assister à la nouvelle édition du Sommet Afrique-France. C’est sans aucun doute le dernier acte africain pour Macron avant son départ. Et nul doute qu’il souhaite rassembler le maximum de chefs d’Etat et de gouvernement du continent pour sortir sur une bonne note. 

A en croire un universitaire proche du ministère français de l’Europe et des affaires étrangères, le taux de participation à Nairobi n’est pas une simple lubie politique d’Emmanuel Macron mais un des principaux enjeux du projet Sommet Afrique-France. « Le sommet à Nairobi servira à mesurer l’influence de la France sur le continent », explique notre interlocuteur. 

Palais de l’Elysée

En réalité, c’est la politique africaine d’Emmanuel Macron qui va passer le test de crédibilité. A son arrivé au pouvoir en 2017, l’ancien banquier d’affaires avait clairement manifesté sa volonté de débarrasser le partenariat entre la France et l’Afrique des oripeaux de la colonisation. Le 8 janvier dernier, devant un parterre de diplomates au palais de l’Elysée, le président français a à nouveau parler de changer de logiciel en promouvant un partenariat d’égal à égal. Il faut maintenant savoir si ce changement de logiciel parle assez aux locataires des palais présidentiels du continent.

Si c’est le cas, il faut bien s’attendre à taux de participation honorable des présidents français à Nairobi. Début mars, lors d’une réunion de préparation en distanciel, l’équipe d’organisation de ce sommet a confié qu’une dizaine de chefs d’Etat avaient déjà confirmé leur présence. On est encore loin du chiffre record de sommet de 2017 à Bamako au Mali. Cette année-là, François Hollande, pour ses adieux à lui, avait réussi à rassembler 35 présidents africains. Faut attendre pour savoir si Emmanuel Macron peut faire mieux. 

« La première chose qui sera scrutée à Nairobi sera qui vient, et qui ne vient pas », analyse notre source. C’est certain que les trois hommes forts des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) – Burkina Faso, Mali et Niger – ne feront pas le déplacement de Nairobi. Le discours souverainiste en vogue dans ces pays est un terreau fertile au sentiment anti-français. 

Tout laisse croire qu’il n’y a pas que dans l’AES. Plusieurs autres chefs d’Etat des pays du pré carré de la France pourraient bouder le rendez-vous de Nairobi. « La France est en difficulté dans la zone francophone sur les plans sécuritaires, économiques, etc. », argue Éric Léonel Loumou, conseiller stratégique et associé gérant du cabinet Orin Consulting. Il ajoute que c’est à cause de ces difficultés que la France a décidé de se tourner vers les pays anglophones et lusophones. C’est ce qui explique le choix de Nairobi, car c’est la toute première fois qu’un sommet Afrique-France va se tenir dans un pays anglophone. 

Quotidien L’Opinion 

Le 7 janvier dernier, le site du quotidien français L’Opinion pronostiquait déjà que Macron, en difficulté dans la partie francophone du pays, pense à mobiliser le maximum de chefs d’Etat anglophones et lusophones pour prouver qu’il a trouvé de nouveaux alliés sur le continent. Mais rien n’est encore gagné. Même si le subterfuge de la France a l’air de fonctionner. Éric Léonel Loumou le pense. Il explique que la France a plus de chance avec les pays anglophones et lusophones parce qu’il n’y a pas de passé colonial entre eux. Et de toutes évidences, l’associé gérant du cabinet Orin Consulting n’est pas le seul à le penser. 

« Dans les pays anglophones, mais aussi lusophones, la France entre plutôt par la fenêtre du secteur privé, où plusieurs de ses entreprises ont massivement investi ces dernières années. C’est le cas de Total, Canal+, Orange, Carrefour, Air France, bref, les habituels. La diplomatie française a tendance, de ce que j’observe, à se faire discrète sur les questions politiques et sociales pour ne pas se brouiller avec les gouvernements, et mise plutôt sur un soft power assez apprécié : gastronomie, sport, arts, littérature, langue française », explique l’universitaire cité plus haut.

Sauf que rien ne laisse penser que les présidents anglophones et lusophones vont se presser à Nairobi. Une chose est pour le moment certaine, c’est qu’Emmanuel Macron et le président kenyan William Ruto seront bien présents. Il faut certainement aussi s’attendre à ce que Narendra Modi, le Premier ministre indien, et Friedrich Merz, le chancelier allemand, soit présents dans la capitale kenyane. Ils ont été invités par Emmanuel Macron.

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Michel Ange Nga

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