Au Sénégal, l’attelage politique du binôme Sonko-Faye victime de jeunesse et d’improvisation

Au Sénégal, l’attelage politique du binôme Sonko-Faye victime de jeunesse et d’improvisation

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Le duel à fleurets mouchetés entre le président et le Premier ministre au Sénégal cristallise l’attention sur le continent. L’opinion est pressée de comprendre comment les deux amis d’hier en sont venus à se regarder avec méfiance. 

Au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko veut introduire une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à lever son inéligibilité. Le président de la République Bassirou Diomay Faye, lui, dévoile un texte concurrent visiblement pour l’en empêcher. Ce combat aurait pu être celui de deux gladiateurs politiques aguerris au combat, mais il met plutôt en lumière les limites du jeunisme en politique.

L’improvisation est un luxe que la politique ne permet pas. À travers des désaccords de plus en plus visibles entre Sonko et Faye, il ressort l’épineux problème de l’improvisation en politique, surtout en Afrique. Contrairement à l’image de bon élève, suffisamment imprégné des réalités du jeu politique dont jouit le Sénégal depuis les batailles épiques entre Senghor et Diouf, tous deux anciens présidents, le peuple sénégalais découvre comme sortant d’un mauvais rêve qu’il a propulsé sur le devant de la scène deux jeunes leaders sans véritable expérience et sans compétences pour exercer le pouvoir ou gouverner.

Dans « L’Art de la guerre », Sun Tzu, le stratège militaire chinois de l’antiquité, fait savoir qu’un guerrier qui n’a pas de plan est un guerrier qui va mourir. En politique aussi, l’improvisation peut être fatale.

La préparation comme clé du succès

En Chine justement, la préparation en politique est un long parcours du combattant et une condition sine qua non pour pouvoir accéder à la magistrature suprême. Très tôt, généralement à l’âge moyen de 15 ans, le Parti communistes coopte ceux qu’ils jugent dignes pour les soumettre à l’idéologie du parti. Ils y passent environ 30 ans à gravir les échelons. En acquérant expériences et compétences avec en ligne de mire la perspective de devenir des acteurs politiques et dirigeants de premier plan. Militer au Parti communiste chinois est un vrai parcours du combattant. Pour preuve, les neuf premières demandes d’adhésion de Xi Jinping ont été rejetées. L’actuel président chinois a dû attendre la dixième tentative pour intégrer le Parti communiste. 

Le Président Xi Jinping va ensuite passer 40 ans dans l’appareil du parti communiste chinois avant de prendre les rênes de la première puissance économique mondiale. Ce qui contraste fortement avec la situation actuelle au Sénégal, où des jeunes, sans véritable expériences et compétences, sont souvent propulsés au sommet du pouvoir.

Le jeunisme en politique ou la problématique des choix hâtifs et mal formés

L’attelage Sonko-Faye semble ne pas déroger à la règle de l’improvisation mettant en évidence les limites du phénomène de préférence pour les jeunes leaders en politique. En dehors des échecs programmés, les conséquences négatives de cette option vont de la marginalisation des personnes âgées considérées comme « hors coup » à la promotion de la jeunesse comme une valeur en soi et dans l’absolu sans qualités ni réalisations individuelles. Le Sénégal en particulier et l’Afrique en général doivent-ils suivre l’exemple de la Chine pour mettre sur pied un véritable système de formation de ses élites ou leaders ? La question est posée.

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Paul Edzoa

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