Le président français a remporté le pari de la représentativité. Une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement du Kenya. Ce n’est pas la seule victoire qu’il ramène de Nairobi.
Il n’a pas fait mieux que Nicolas Sarkozy en 2010, lui qui avait réuni 38 chefs d’Etat et de gouvernement du continent au sommet Afrique-France à Nice. S’il n’est pas parvenu à battre ce record de participation, Emmanuel Macron s’en est approché pendant le sommet Africa Forward, nouvelle version du sommet Afrique-France, qui s’est tenu au début de cette semaine à Nairobi, au Kenya. C’est au total 32 chefs d’Etat et de gouvernement qui étaient attendus.
Le président français n’a pas manqué de saluer cette mobilisation. « Je suis très heureux de voir mes frères ici, chefs d’État et de gouvernement, ministres présents et ayant pris la peine de venir à Nairobi. Je sais vos agendas chargés, je veux vous dire ma gratitude. C’est une magnifique image parce que c’est l’image du continent africain uni », s’est félicité Emmanuel Macron à l’entame de la session politique du sommet Africa Forward, le 12 mai dernier sur le campus de l’université de Nairobi.
Le pari d’Emmanuel Macron
C’est donc un pari réussi pour Emmanuel Macron. Après avoir snobé ses homologues africains lors du premier sommet Afrique-France de son mandat, à Montpellier en France, il savait que le monde allait juger le succès du rendez-vous de Nairobi en tenant compte de la participation des présidents africains.
S’il avait à cœur de rassembler le maximum de chefs d’Etat à Nairobi, il n’a échappé à personne qu’Emmanuel Macron a aussi fait le déplacement du Kenya pour convaincre ses homologues africains de créer ensemble les conditions censées empêcher à la Chine et aux Etats-Unis de prendre toute la place en Afrique. Pour le président français, si la France et l’Europe veulent limiter l’influence de Washington et de Pékin, elles doivent impérativement changer de logiciel. « Ce qu’on veut faire, ce n’est pas apporter de l’aide. Ce logiciel est passé. Vous le voyez bien, beaucoup d’États du Nord, les uns par idéologie, les autres par difficultés budgétaires, ne vous apportent plus l’aide qui était prévue », a expliqué Emmanuel Macron à ses homologues à Nairobi.
Il poursuit : « c’est une réalité. On doit penser différemment la relation Nord-Sud avec lucidité ». Comment ? Pour Emmanuel Macron, la solution est toute trouvée : aider l’Afrique à amorcer son développement économique. « Faire réussir l’Afrique sur le plan économique, lui permettre d’avoir plus de souveraineté, d’autonomie, c’est s’assurer pour les Européens également d’avoir plus d’autonomie stratégique par ce partenariat et de réduire nos dépendances, je dirais, aux deux grandes économies qui veulent en quelque sorte tout capter », a déclaré Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron et William Ruto au prochain sommet du G7
Certes, il ne cite pas nommément la Chine et les Etats-Unis. Mais il est difficile de ne pas le deviner. Quoi qu’il en soit, le locataire du palais de l’Elysée est bien décidé à passer à l’action. C’est pourquoi, il s’attelle à demander au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale de reprocéder à la mobilisation de plus de 100 milliards de dollars de droits de tirage au bénéfice des pays africains.
Emmanuel Macron promet aussi que la France va entrer dans le capital de l’African Trade & Investment Development Insurance (Atidi), une institution panafricaine qui facilite les investissements et le commerce en Afrique en assurant les investisseurs et les entreprises contre les risques. Il faut aussi ajouter à cette bonne intention l’annonce faite pendant le sommet Africa Forward d’un investissement de 23 milliards d’euros. « Ces 23 milliards d’investissements, ce sont 14 milliards d’investissements des entreprises françaises dans les pays africains et neuf milliards d’investissements des entreprises et business leaders africains sur le continent », comme l’a précisé Emmanuel Macron.
Tout semble bien indiqué que cet agenda a été reçu favorablement à Nairobi. En tout cas, si on en croit le président français, les chefs d’Etat africains ont confié à lui, et au président kenyan William Ruto, le soin d’aller défendre cet agenda pendant le prochain sommet du G7, qui se tiendra le mois prochain à Évian-les-Bains dans le département français de la Haute-Savoie.



