Le Kenya, futur géant africain du médicament ?

Le Kenya, futur géant africain du médicament ?

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William Ruto, le président kenyan, souhaite positionner son pays comme le leader de l’industrie pharmaceutique en Afrique de l’Est. 

En 2022, William Ruto s’est fait élire en se présentant comme le président des « débrouillards ». Il veut désormais passer de la parole aux actes en implémentant un ambitieux programme de santé. Le locataire de la State House, le palais présidentiel du Kenya, à Nairobi, ne cache pas que le développement de l’industrie pharmaceutique est l’un des principaux objectifs de ce programme. 

« Notre ambition est claire : positionner le Kenya comme un centre régional pour la fabrication pharmaceutique, l’innovation en santé et les chaînes d’approvisionnement médicales », a expliqué William Ruto lors de la réunion de haut niveau de l’Initiative africaine pour l’accès médical et la fabrication (AIM2030), qui s’est tenu en marge du sommet Africa Forward au début de cette semaine.  

En plus d’améliorer l’accès des couches populaires kenyanes aux médicaments essentiels, cette ambition est aussi économique. William Ruto ne cache pas que le Kenya veut gagner des parts de marché dans le marché du médicament en Afrique, qui est complètement en friche. Les fabricants installés sur le continent, environ 375, selon un rapport du cabinet conseil américain McKinsey, produisent à peine 3 % de la consommation africaine en médicaments.

Le marché du médicament s’élève à 30 milliards de dollars

William Ruto est donc convaincu que le marché pharmaceutique africain présente d’immenses opportunités industrielles. Les chiffres qu’il avance ne le démentent pas. On apprend qu’en 2024, ce marché s’élevait à environ 30 milliards de dollars. « D’ici 2030, il devrait dépasser les 50 milliards de dollars. Ce n’est pas seulement un impératif pour la santé. C’est l’une des opportunités industrielles les plus attrayantes de notre époque », a fait savoir le président kenyan. 

Le Kenya a bien des atouts à faire valoir pour profiter de cette opportunité. A commencer par sa position géographique privilégiée. Le Kenya est considéré comme la porte d’entrée et le hub géographique de l’Afrique de l’Est, un marché de plus de 300 millions de personnes. Ce n’est pas tout, car William Ruto a fait de cette cause l’un des principaux chevaux de bataille de son mandat. En décembre 2025, il était l’invité du secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, pour la signature d’un accord-cadre de coopération dans le domaine de la santé. Marco Rubio a profité de cette occurrence pour pronostiquer que dans cinq ans, le Kenya pourra s’enorgueillir d’avoir développé ses infrastructures sanitaires et pharmaceutiques.

Le niveau de maturité 3 de l’OMS 

Le seul bémol c’est que l’industrie pharmaceutique du Kenya n’attire pas encore les investisseurs étrangers. Malgré la présence des groupes pharmaceutiques sérieux, comme Advacare Pharma, la majorité des fabricants continuent encore de produire des médicaments à la qualité médiocre. Pour changer la donne, William Ruto a d’ores et déjà annoncé que le gouvernement kenyan va travailler à renforcer la capacité de l’Autorité nationale de régulation à atteindre le niveau de maturité 3 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un statut qui est censé améliorer la qualité des médicaments. Seuls six pays en Afrique sont pour le moment parvenus à atteindre ce niveau de maturité. C’est le cas de l’Egypte, de l’Afrique du Sud ou encore du Sénégal.   

Pour atteindre ce niveau, l’OMS impose près de 250 indicateurs à remplir. Il s’agit en gros d’accompagner les pays candidat à améliorer l’accès à la technologie et au savoir-faire, de construire des réseaux d’approvisionnement et de distribution efficaces. Sans oublier les incitations gouvernementales, l’accès aux capitaux d’investissement et le respect scrupuleux des normes réglementaires. Un pari qu’est prêt à prendre le Kenya.

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Michel Ange Nga

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