Les populations de la capitale provinciale du Nord-Kivu vivent entre peur et espoir. Et pour ne rien arranger, en plus de l’épidémie qui avance, les combats entre rebelles et militaires ont repris de plus belle.
A Goma, le trafic sur la célèbre avenue Entrée présidentielle, qui longe le musée Himbi, grouille comme à l’accoutumée. La capitale de la province du Nord-Kivu, contrôlée par les rebelles du M23 depuis janvier 2025, n’a rien changé à ses habitudes. Et pourtant, à Bunia, ville voisine, dans la province de l’Ituri, l’épidémie d’Ebola continue de faire de nombreuses victimes.
« La vie continue à Goma. On vaque normalement à nos occupations », confie Rosine, une habitante de Goma, joint au téléphone. A écouter cette dernière, l’épidémie est à la fois trop loin et très proche de Goma. Loin parce que l’Ituri reste le foyer principal, proche à cause de la psychose. Les Gomatraciens craignent de se lever un matin et de devoir faire face à une avalanche de cas. Ce que n’exclut pas l’Agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC), qui évoque de sérieux risques de propagation de la maladie vers d’autres provinces de la République démocratique du Congo (RDC) et même vers d’autres pays.
Rosine rappelle toutefois que cette psychose est née quand la ville de Goma a été citée pour la première fois dans le feuilleton macabre que le virus Ebola impose à la RDC. En fait, la presse locale a révélé qu’une des victimes d’Ebola à Kampala, en Ouganda, est originaire de la capitale du Nord-Kivu où elle a séjourné avant de se rendre à Kampala. « On nous a fait savoir que tous ses proches allaient être mis en quarantaine », poursuit notre interlocutrice.
Cache nez obligatoire
Info ou intox ? Difficile à dire. Ce que l’on sait par contre c’est que Joseph Bahati Musanga, qui a pour nom de guerre Erasto, le gouverneur nommé par les responsables du M23, a très vite insisté sur le respect des mesures de prévention. Dans les écoles, le porte du masque sur le visage est obligatoire. « On nous a demandé d’éviter de serrer les mains pour saluer et même d’éviter les embrassades », fait savoir Rosine.
Mais il est difficile de croire que cette crise sanitaire est la principale préoccupation de Joseph Bahati Musanga. Ces dernières semaines, il a remis son treillis. L’armée congolaise, restée fidèle au pouvoir de Kinshasa, a lancé des attaques dans la localité de Rumangabo, à près de 50 kilomètres de Goma tout proche de la frontière avec le Rwanda. Objectif final des militaires : reprendre la ville de Goma et chasser le M23 du Nord-Kivu. Un scénario que Joseph Bahati Musanga et ses hommes s’attèlent à faire échouer. Ce dernier a même été donné pour mort au début de cette semaine, tellement les combats font rage. Une information finalement démentie par le M23, qui assure que Joseph Bahati Musanga occupe bien son bureau au gouvernorat de la ville de Goma, situé au bout de l’avenue Entrée présidentielle.
La route Goma-Butembo
Quoi qu’il en soit, et quoi qu’en pense Rosine, le virus n’est plus vraiment loin. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ores et déjà laissé entendre qu’au moins trois zone de santé du Nord-Kivu sont touchées par le virus Ebola. A en croire des indiscrétions, la route entre Goma et Butembo, très fréquentée, a été fermée par le M23 pour limiter la progression de la maladie. Mais Rosine en doute. « Pour le moment, seuls les déplacements vers le Rwanda voisin sont interdits », fait-elle savoir.
A ce stade, 101 cas ont déjà été confirmés en RDC, donc 10 décès. Mais l’OMS pense que la situation est plus grave en évoquant plus de 900 cas suspects et plus de 200 décès suspects. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, est d’ailleurs attendu à Bunia cette semaine.



