Pour l’opposition, l’arrêt de la Cour de justice de la Cedeao a créé un vide constitutionnel. Le pouvoir, lui, n’est pas de cet avis.
La semaine dernière à Lomé, au Togo, en l’espace de deux jours, pas moins de trois personnalités se sont succédés au palais présidentiel. Ce bal a commencé avec Sidi Ould Tah, le président de la Banque africaine de développement (BAD). Ensuite le président sierra-léonais Julius Maada Bio. Et pour terminer, la diplomate tchadienne Fatime Aldjineh Garfa. Leur hôte, Faure Essozimna Gnassingbé, ne s’en vante peut-être pas. Mais difficile de ne pas constater que ce dernier s’affiche en compagnie de ses invités pour bien montrer qu’il n’y a pas de crise de légitimité au sommet du pouvoir.
Ce n’est pourtant pas ce que pensent les opposants togolais. Ils soutiennent que l’arrêt publié par la Cour de justice de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), fin juin, a créé un vide constitutionnel au Togo. Cet arrêt constate que la réforme constitutionnelle adoptée le 25 mars 2024 est « un changement anticonstitutionnel ».
En théorie, tout vide institutionnel entraine une crise de légitimité en ceci que personne n’a l’autorité pour décider de la marche du pays. Pour sortir de cette impasse, l’opposition propose des assises nationales devant aboutir à une transition inclusive. Pour pousser le pouvoir à agir dans ce sens, les leaders de l’opposition annoncent des manifestations pacifiques dans les prochains jours.
Le président du Conseil
On se rappelle que cette réforme constitutionnelle a supprimé l’élection du président de la République au suffrage universel direct au profit d’un régime parlementaire, dans lequel l’essentiel du pouvoir exécutif est désormais exercé par un président du Conseil. Un strapontin qui est revenu à Faure Essozimna Gnassingbé. Et de toute évidence, il n’a pas l’intention de renoncer à son fauteuil pour participer à des assises nationales, comme le proposent les opposants.
Côté pouvoir, on a toute une autre interprétation de l’arrêt de la Cour de justice de la Cedeao. Un proche de l’Union pour la République (Unir), le parti de Faure Essozimna Gnassingbé, laisse entendre que cet arrêt est certes un désaveu juridique au processus de révision constitutionnelle. Mais, selon ses explications, il n’est nullement question de vide constitutionnel. « La Cour n’annule pas la Constitution actuellement en vigueur, elle ne dissout aucune institution de la République, elle ne déclare pas les autorités togolaises déchues de leurs fonctions et elle n’ordonne pas une transition politique », fait savoir notre source.
En clair, le Conseil de la République, dirigé par Faure Essozimna Gnassingbé n’envisage pas de transition politique. Une idée pourtant défendue par l’opposition. Une divergence d’opinion qui n’est pas près de disparaitre.



