En sortant des fonts baptismaux en juillet dernier, Kiiraay, le parti du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a débauché au sein du Pastef. Un phénomène de transhumance bien inscrit dans l’ADN des politiciens en Afrique francophone.
À Dakar, le 25 juillet 2026, la coalition « Diomaye président », créée pour porter le projet du chef de l’État, se transforme officiellement en parti politique sous l’appellation de Kiiraay-Les patriotes républicains. En réalité, en fondant ce parti, le président Bassirou Diomaye Faye a lancé une campagne de débauchage au sein du Pastef, son ancienne formation politique.
Le cas sénégalais illustre une pathologie plus large du multipartisme en Afrique francophone. La prolifération ou la multiplication par scission des partis uniques dans les années 1990 en réponse aux vents démocratiques venus de l’est… Mais avec un réflexe unique : la transhumance.
La prolifération par scission
Dans les années 1990, dans plusieurs pays d’Afrique, les partis uniques éclatent. Lorsqu’on évalue aujourd’hui, au Sénégal on est à 300 partis, au Cameroun le compteur est à 400. Cette prolifération par scission des partis uniques n’a rien changé dans le fond. Chaque nouveau parti s’est avéré être une excroissance du parti unique, généralement construit autour d’une personne et non d’un projet. On est passé du monopole à la « libéralisation ». Au bout du compte, on s’est retrouvé dans un marché de dupes. L’adhésion à une idéologie importe peu. C’est la loyauté à un homme qui compte. Voilà une cause immédiate de la transhumance.
Dans beaucoup de pays africains, cette migration d’une famille politique à une autre au gré des opportunités est devenue un sport national. Les migrants politiques « suivent le soleil ». Autrement dit, le pouvoir et les moyens. Le ralliement de 278 maires à la coalition « Diomaye président » en mars 2026 est une illustration parmi d’autres. Ajoutez à cela les griefs tels que : frustrations, non-investitures, ambitions bloquées et vous avez les prétextes de départs intéressés. Sans oublier que les pouvoirs neutralisent les oppositions par aspiration. Généralement, c’est l’opposition qui transhume vers le pouvoir. Mais au Sénégal de Diomaye Faye le pouvoir débauche dans son propre camp.
L’industrialisation de la transhumance
Même les partis dits de rupture reproduisent les reflexes du système qu’ils dénonçaient dès qu’ils touchent au pouvoir. Confronté une prolifération par scission, on ne cherche plus à convaincre. On absorbe. Une véritable industrialisation de la transhumance politique.
Le débauchage à Pastef et la naissance de Kiiraay montrent si besoin en est que la transhumance n’est pas un bug mais plutôt la conséquence d’une prolifération par scission sans règles du jeu. On a multiplié les partis depuis 1990, structuré une coalition le 7 mars 2026, puis créé un parti le 25 juillet 2026. Mais la politique par contre n’a pas été institutionnalisée. La vraie question n’est donc plus de savoir combien de partis on a, mais de se demander si au Sénégal et ailleurs on a juste des véhicules électoraux en entente de transhumer vers le pouvoir ?



