M. Kouassi ne décolère pas depuis qu’il a vendu sa récolte au début
de cette année. « Nous les planteurs ivoiriens dans cette campagne
nous avons d’énormes difficultés : après avoir vendu le cacao, il faut
attendre plus d’un mois pour avoir ton argent. A cette heure après
avoir vendu, vous recevez un reçu qui mentionne juste le poids sans
indiquer le montant », raconte ce planteur installé à Abengourou, une
commune située à plus de 200 kilomètres d’Abidjan, la capitale
économique de la Côte d’ivoire.
Prix du cacao
Comme Kouassi, plusieurs cacaoculteurs ivoiriens se plaignent, le
plus souvent en silence, contre ce modèle d’achat. Ces paysans
mettent davantage à l’index l’omerta sur le prix des fèves. Il y a
pourtant quelques mois, début octobre 2025 plus précisément, le
président Alassane Ouattara avait lui-même annoncé un prix d’achat
record. « Je vous annonce qu’au titre de la campagne de
commercialisation 2025-2026, le prix bord champ garanti d’un cacao
bien séché et bien trié est fixé à 2 800 francs CFA », avait déclaré le
président ivoirien à Abidjan, le 1 er octobre dernier.
Pour rappel, avant cette annonce, le prix pratiqué officiellement était
de 2 200 francs CFA, soit une augmentation de 27,27 %. En Côte
d’Ivoire, la chronique populaire croit savoir que c’est cette
augmentation qui a poussé des cacaoculteurs à donner une
enveloppe de 50 millions de francs CFA pour participer à la réélection
du président Ouattara en fin d’année dernière.
Campagne de propagande
Sauf que M. Kouassi dénonce une campagne de propagande : « ceux
qui ont donné les 50 millions sont des planteurs sur le papier et pas
des planteurs sur terrain. Car nous, qui entretenons vraiment des
plantations, nous avons beaucoup de problèmes », fait savoir ce
planteur installé à Abengourou, à la frontière avec le Ghana voisin.
Pour ce dernier, ce sont ces planteurs apparents qui discutent avec le
gouvernement alors même qu’ils ne connaissent rien des difficultés
des vrais planteurs. M. Kouassi plaide pour que cette situation
change. « Les vrais planteurs ne sont pas invités pour les prises de
décisions concernant notre filière. L’Etat ivoirien doit nous recenser en
faisant cadastrer nos plantations afin de choisir les grands planteurs.
Ces derniers ont la légitimité de parler pour nous. Ce qui n’est
malheureusement pas le cas en ce moment ».
Il faut rappeler que la Côte d’Ivoire est le premier pays producteur de
cacao. Sa production annuelle représente environ 40 % de la
production mondiale, soit plus de 2 millions de tonnes.