Afrique du Sud : comment la crise xénophobe embarrasse Cyril Ramaphosa

Afrique du Sud : comment la crise xénophobe embarrasse Cyril Ramaphosa

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Autant Cyril Ramaphosa se garde d’affronter le mouvement March and March, autant il condamne les marches xénophobes. Une position intenable avec laquelle le président sud-africain doit composer. 

Sous escorte policière renforcée, une colonne de manifestants remonte les rues de Durban ce 17 août. Ils se dirigent tous vers le Centre international des conférences de la ville. Les chefs d’État de la SADC (la Communauté de développement d’Afrique australe) se sont donnés rendez-vous dans cet édifice pour discuter de l’industrialisation de leur pays et de l’avenir des minerais critiques. Ils n’auraient jamais imaginé que les marcheurs du mouvement xénophobe March and March viendraient crier aux fenêtres pour leur demander de penser à rapatrier leurs concitoyens en situation illégale en Afrique du Sud.

Loin de ce raffut, à l’intérieur du Centre international des conférences, l’embarras de Cyril Ramaphosa est visible. Le président sud-africain, qui prend la présidence tournante de la SADC pour un an, ne peut pas ignorer cette nouvelle manifestation, ainsi que la montée du discours xénophobe dans son pays. Au moment de clôturer ce sommet de la SADC, il susurre presque : « nous exprimons du regret face à ce qui nous est arrivé en tant que pays ».

March and March maintient la pression

Sauf qu’il faut bien plus que de simples regrets pour arrêter l’enthousiasme de March and March, qui est bien décidé à chasser tous les étrangers en situation irrégulière. Ces derniers ont jusqu’au 30 septembre prochain pour quitter le territoire sud-africain, comme l’a fait March and March dans un récent communiqué. 

Jacinta Ngobese-Zuma, la leader de March and March, a aussi fait savoir que le mouvement va continuer de battre le pavé chaque semaine dans plusieurs villes du pays. Elle n’a pas l’intention de lâcher la pression sur le pouvoir actuel jusqu’aux prochaines élections municipales, prévues en novembre prochain. 

La quadrature du cercle

Cyril Ramaphosa marche sur une corde raide. Le président sait que c’est un suicide politique de s’attaquer à March and March, dont le discours séduit les classes prolétaires qui constituent un véritable terreau électoral. Cyril Ramaphosa se contente de condamner les manifestations xénophobes sans jamais citer nommément March and March. La semaine dernière, lors d’une conférence publique à l’université du KwaZulu-Natal, il a déclaré que l’Afrique du Sud devait avoir « profondément honte » de la discrimination et des mauvais traitements infligés aux ressortissants d’autres pays.

Comment sortir de cette quadrature du cercle ? C’est sans doute la question qui se pose au sommet de l’Etat. En attendant de formuler une réponse claire, Cyril Ramaphosa tente de rassurer ses homologues africains. Cette semaine, à Durban, il a fait savoir qu’il a eu des échanges honnêtes et transparents avec certains présidents présents au sommet de la SADC. Sur le plan national, il se presse de trouver des solutions pour inverser la courbe du chômage dans le but de couper l’herbe sous les pieds de March and March…

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Michel Ange Nga

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