Le retour de Paul Biya n’était pas seulement attendu par l’opinion. C’est son propre parti, le RDPC, qui espère un sursaut avant les municipales et les législatives.

Ce 20 août, comme à chaque retour de Paul Biya dans son pays, le décorum à l’aéroport international de Nsimalen (Yaoundé) est le même. Poignées de mains aux hauts responsables de l’État, venus l’accueillir. Le président camerounais a ensuite droit à un bain de foule, pour la plupart des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), sa famille politique. « Le parti s’est une fois encore fortement mobilisé. Maintenant qu’il [Paul Biya] est là, on espère que tout va rentrer dans l’ordre », susurre un habitué du Comité central du RDPC. 

La machine électorale

Ce dernier arpente les couloirs du parti au pouvoir depuis des années. Et il avoue volontiers que pour la première, cette machine électorale conçue au service de Paul Biya doute. Certains cadres du parti font la moue à quelques mois des prochaines élections municipales et législatives. Ils n’ont certainement pas tort. La preuve, le 15 juillet dernier, alors que les responsables du parti au pouvoir étaient réunis à Yaoundé pour un séminaire censé préparer le parti à affronter les prochaines échéances électorales, le scénario d’une possible contreperformance a émergé des discours.

« Nous ne pouvons pas aborder les élections législatives et municipales avec assurance et quiétude », a prévenu Jean Nkuété, le secrétaire général du Comité central du RDPC. Il a ajouté, comme une piqûre de rappel : « Nous devons prendre conscience que l’état général de l’environnement ne plaide pas toujours en notre faveur à la veille des élections municipales et législatives »

L’usure du pouvoir 

Sans le dire, Jean Nkuété reconnait bien que le contexte actuel ne joue pas à la faveur du RDPC. Le parti paie les frais de l’usure du pouvoir, après plus de quatre décennies de règne de Paul Biya, mâtinée par des scandales à répétition dans lesquels les noms des hauts commis de l’État sont cités, à tort ou à raison. Le faux décret qui nomme un vice-président, les soupçons de trafic d’or, les révélations d’un ancien officier du renseignement militaire à Paris… À chaque fois, les noms de Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République, et de Oswald Baboke, le directeur adjoint du cabinet civil de la présidence de la République, reviennent. 

Sans le crier sur les toits, le parti attend de Paul Biya qu’il mette fin à ce capharnaüm au sommet de l’Etat. Quitte à sacrifier ces proches collaborateurs. Mais il est aussi attendu de Paul Biya qu’il relance l’activité gouvernementale en nommant un nouveau gouvernement. L’actuel gouvernement du Premier ministre Joseph Dion Ngute date de janvier 2019, soit près de sept ans.     

Reste la question qui hante Yaoundé depuis des mois. Paul Biya, élu pour un nouveau mandat de sept ans en octobre dernier, a-t-il encore la volonté de gouverner ? La réponse divise l’opinion et laisse ses camarades de parti dans l’expectative.