La rébellion militaire, qui contrôle les provinces du Kivu, accuse implicitement l’armée congolaise de profiter de la crise sanitaire pour gagner du terrain.
Jamais, tout au long du discours solennel qu’il a prononcé le week-end dernier, Corneille Nangaa n’a fait allusion au président congolais Félix Tshisekedi. Il ne fait pourtant l’ombre d’aucun doute que cette sortie médiatique du coordonnateur de l’Alliance fleuve Congo (AFC), le visage politique de la rébellion du M23, avait aussi pour but de réclamer, implicitement, une trêve des combats dans les deux provinces du Kivu le temps pour les rebelles d’organiser une riposte efficace contre l’épidémie d’Ebola, qui sévit en ce moment en République démocratique du Congo (RDC).
« Face à une telle menace, aucun calcul politique, aucune divergence, aucun intérêt particulier ne peut prévaloir sur la nécessité absolue de protéger les populations », a fait savoir Corneille Nangaa. Il ajoute : « cette crise dépasse les appartenances politiques, les clivages et les oppositions. Le virus ne choisit pas ses victimes ».
Attaques aux drones kamikazes
Cette sortie fait suite à la multiplication des attaques aux drones kamikazes dans les localités des provinces du Kivu. Le 21 mai dernier, ces attaques attribuées au Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée officielle, se sont concentrées dans la commune de Minembwe, dans le Sud-Kivu. D’autres ont suivi causant des pertes matérielles. Les soutiens de l’AFC-M23 affirment que les FARDC ciblent désormais des responsables de la rébellion. Les mêmes sources annoncent que Erasto Bahati et Sultani Makenga, deux chefs militaires du M23, ont été la cible de drones kamikazes dans la nuit de samedi à dimanche dernier. Une information qui n’a pas été confirmée par le pouvoir de Kinshasa.
Etat-major de l’armée congolaise
Ce qui est avéré, c’est que l’armée congolaise veut reprendre l’initiative dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, sous le contrôle du M23 depuis le mois de février 2025. Selon l’ONG américaine ACLED (Armed Conflict Location & Event Data), les FARDC mènent des combats armés terrestres contre le M23 et avec l’aide des Wazalendo, des supplétifs de l’armée congolaise. Le 18 janvier, les FARDC reprennent même la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu. A en croire, les soutiens du M23, l’état-major de l’armée congolaise veut profiter de la crise sanitaire pour accentuer les attaques aux drones et affaiblir la rébellion.
Une hypothèse à éviter à écouter Corneille Nangaa. Quoi qu’il en soit, il ne cache pas que l’arrêt des combats est une nécessité aujourd’hui car Ebola est « une menace sanitaire extrêmement grave », comme il l’a fait savoir dans son discours. « Il serait dangereux de transformer cette crise sanitaire en terrain politique et de propagande. Ce n’est pas le moment de diaboliser un camp, d’alimenter les divisions ou de semer la confusion dans l’opinion », argue Corneille Nangaa.



