L’action humanitaire en Afrique et la nécessité d’une réforme

L’action humanitaire en Afrique et la nécessité d’une réforme

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En janvier 2025, l’annonce qu’a faite le gouvernement américain à propos de la réduction des financements humanitaires à travers le monde, a engendré un débat houleux sur l’avenir de ce secteur pour le continent africain. Entre les plaintes de perte de contrats de travail, de réduction des activités et de fermeture de certaines organisations, les acteurs humanitaires se sont à la fois inquiétés et interrogés sur le futur de ce secteur. Les organisations concernées ont renforcé leurs actions de plaidoyer en diffusant des images poignantes des populations les plus vulnérables, afin de sensibiliser l’opinion sur les conséquences graves de cette réduction d’aide.

Dans ce débat, un aspect moins discuté était de savoir si l’aide humanitaire est bénéfique à long terme pour l’Afrique.

En Afrique francophone, les crises telles que les conflits armés, les changements climatiques et l’insécurité alimentaire mettent des milliers de personnes en précarité. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), 35 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire en Afrique centrale et de l’Ouest en 2025, d’où l’enveloppe nécessaire s’élève à 7,6 milliards de dollars américains, soit près de 4 560 milliards de FCFA.

Les acteurs humanitaires internationaux ont toujours été au centre de la réponse à travers des financements venant pour la plupart de l’Occident. Les plus grands bailleurs étant l’USAID, L’Union européenne, et les gouvernements de l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Ces financements avec des lignes directrices restreintes poussent les humanitaires à parfois mettre en œuvre des activités pour répondre plus aux exigences des bailleurs et pas nécessairement aux besoins des bénéficiaires.

C’est ainsi qu’un bailleur peut choisir de financer en priorité des projets liés à l’égalité de genre. Dans ce contexte, une ONG qui travaille dans une zone d’urgence, comme un récent camp de déplacés ou de réfugiés, peut proposer des activités de sensibilisation à l’égalité entre les sexes ou des ateliers d’autonomisation des femmes pour obtenir un financement. Plusieurs ONG, en quête de ressources pour continuer à exister, ajustent leurs propositions en fonction des priorités du bailleur, même si ces activités ne répondent pas directement aux besoins les plus urgents. Pourtant, dans ce contexte d’urgence, les besoins immédiats des femmes et des filles concernent surtout la nourriture, un abri sûr, et un soutien psychosocial. Les activités proposées, bien qu’importantes, ne correspondent pas aux urgences du moment et peuvent sembler mal adaptées au contexte.

En plus de cela, dans les communautés très conservatrices, la participation des femmes à des formations ou des activités de sensibilisation sur ces thèmes peut provoquer des tensions dans les familles de ces dernières ou les exposer à des jugements sociaux.

Il est essentiel de rappeler que l’aide humanitaire, au-delà de sa dimension caritative, constitue aussi un outil diplomatique et politique. Les pays donateurs et les pays récipiendaires entrent dans une logique de négociation, chacun y trouvant un intérêt. Cela signifie que, même dans l’urgence, les pays africains peuvent — et doivent — repenser leur manière de recevoir et d’appliquer cette aide en vue de favoriser son efficacité. Les pays tels que la Namibie et le Kenya sont connus pour leurs mécanismes de contrôle rigoureux lorsqu’il faut s’assurer que l’aide humanitaire est effectuée d’une manière efficiente, transparente, et dans le respect de la culture nationale.

Après plus de cinq décennies d’action humanitaire récurrente, on est obligé de constater que ce modèle d’intervention traditionnel montre des limites. Au fil des années, les mêmes organisations internationales et agences onusiennes proposent les mêmes types de programmes dans les régions, apportant un soutien à court terme. Après la conclusion des cycles de projets financés, la majorité des bénéficiaires retombent dans la précarité après la fin des projets.

Les organisations internationales ont aussi tendance à privilégier l’expertise occidentale en négligeant les acteurs humanitaires nationaux natifs des pays d’intervention, qui ont plus la connaissance locale.

La secousse causée par la réduction financière est le moment de repenser l’action humanitaire. Cette réflexion devrait être axée sur trois points prioritaires à savoir :

La localisation : l’action humanitaire a besoin d’être recadrée vers l’expertise locale. Les nationaux doivent prendre le devant dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets pour atteindre ceux-ci. Les organisations doivent encore miser sur la capacitation de leurs staffs nationaux. Les contextes sociopolitique et économique connaissent un changement qui sans doute affectera le modèle d’action humanitaire proposé par les occidentaux. Les pays sahéliens tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont ces dernières années mis en place des mécanismes qui favorisent cette approche de la localisation à travers la formation et le développement du leadership humanitaire local. Ceci est un exemple à suivre pour les autres pays.

La responsabilisation : Les pays africains ne peuvent pas continuer à recevoir l’aide humanitaire et demeurer des éternels dépendants vis -à -vis des bailleurs occidentaux. Il est aussi temps que nos gouvernements prennent le devant dans l’amélioration des conditions de vie et la recherche des solutions durables aux conflits prolongés qui engendrent les besoins humanitaires. La priorisation des secteurs tels que la prévention de conflits, la santé, la sécurité alimentaire parmi tant d’autres, peut sortir des communautés de leur situation de pauvreté, leur faisant moins nécessiter le besoin d’une aide humanitaire.

La conscience : Une prise de conscience s’impose, surtout au sein de la nouvelle génération. Il faut interroger l’efficacité de ce système humanitaire et reconnaître qu’il ne favorise pas un développement durable. Qu’ils soient acteurs humanitaires ou issus d’autres secteurs, les jeunes Africains doivent porter une vision à la fois alternative et exigeante, et appeler leurs dirigeants à plus de responsabilité envers les couches les plus vulnérables. Ceci est possible à travers un plaidoyer sur plusieurs échelles locales, régionales et internationales.

Il est évident qu’il est désormais nécessaire d’adopter une nouvelle approche dans le secteur humanitaire, en s’éloignant de la méthode paternaliste des bailleurs et donateurs envers les pays africains. Si cette nouvelle génération amplifie le message du panafricanisme et le principe par l’Afrique pour l’Afrique, alors elle devra aussi s’emparer de ce chantier : réformer l’action humanitaire pour qu’elle serve les intérêts des peuples africains au long terme.

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aurelien.owona14@gmail.com