Comme à chaque fois, le gouvernement sud-africain a beaucoup de mal à contenir les campagnes de xénophobie. Conséquence : les étrangers vivent dans la peur. Certains ont accepté de témoigner.
La razzia contre les commerces des étrangers en Afrique du Sud se poursuit. Fabien (un nom d’emprunt) le sait et pourtant, ce boulanger camerounais installé à Protea Glen, un quartier à l’ouest du township de Soweto à Johannesburg, n’a pas cru bon de baisser la grille. « La xénophobie n’est pas visible à Protea, qui est peuplé à plus de 90 % de Sud-africains. C’est dans les villes et les quartiers à majorité peuplés d’étrangers que les scènes de xénophobie sont récurrentes », explique Fabien.
Malgré tout, même à Protea Glen les étrangers ne sont pas à l’abris de remarques xénophobes. Notre interlocuteur se rappelle de cet homme, qui est entré dans sa boulangerie la semaine dernière pour acheter une baguette de pain et surtout, pour lui intimer l’ordre de rentrer chez lui. Fabien ne sait pas dire s’il s’agit d’un xénophobe isolé ou alors si ce dernier est un membre de March and March, le mouvement nationaliste sud-africain anti-immigration à l’origine de cette nouvelle campagne de xénophobie en Afrique du Sud.
La campagne de xénophobie est partie du KwaZulu-Natal
Selon toutes vraisemblance, ces tensions xénophobes, ourdies par March and March, ont commencé début avril dans la ville de Durban, dans le KwaZulu-Natal. Plusieurs témoignages rapportent que les responsables de ce mouvement opèrent de la même manière dans divers endroits du pays. « Généralement, ils obtiennent des autorisations de manifester. Sauf que pendant la manifestation, ils ciblent les commerces des étrangers », confie une des nombreuses victimes de March and March.
Le quartier Sunnyside de Pretoria, majoritairement peuplé d’étrangers, est l’un des théâtres des opérations xénophobes de ce mouvement nationaliste. Un Camerounais qui tient un cybercafé dans l’une des rues les plus commerçantes de Sunnyside admet que chaque matin, il ouvre son commerce la peur au ventre. « Quand on les voit arriver, on ferme. C’est le seul moyen qu’on a de nous protéger. La police, elle, est généralement débordée », fait savoir notre source.
La xénophobie comme ascenseur social
Dans une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, on entend les leaders de March and March prévenir les étrangers : « vous avez jusqu’au 30 mai pour partir. Ne faites pas confiance à l’Etat et à la police, elle ne peut rien pour vous… ».
Le gouvernement sud-africain a effectivement beaucoup de mal à contenir ces tensions xénophobes. Avant March and March, c’est Opération Dudula (bagarrer en langue zulu) qui a sévit. Cette opération empêchait aux étrangers l’accès aux services publics. Les étrangers observent d’un mauvais œil que ce mouvement de rue se soit transformé aujourd’hui en parti politique. Fabien ne peut pas s’empêcher de penser que cette xénophobie a des relents politiques. « Plusieurs jeunes des townships se sont fait un nom grâce à Opération Dudula », rappelle ce boulanger.
Nhlanhla Lux, 39 ans, est le meilleur exemple d’un jeune qui s’est servi de la xénophobie comme ascenseur social. Cet enfant du township de Soweto est passé de l’anonymat le plus total à la popularité. Il est même appelé « le héros des township ». Une ascension qui sert d’émulation, comme le pense Fabien. Il est pour cela convaincu que ces tensions xénophobes ne sont pas sur le point de s’arrêter.



