Pour remplacer Sonko, Diomaye Faye mise sur un expert de la rigueur budgétaire

Pour remplacer Sonko, Diomaye Faye mise sur un expert de la rigueur budgétaire

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Contre toute attente, l’économiste Ahmadou Al Aminou Lô a été nommé Premier ministre du Sénégal ce 25 mai.  

Qui est vraiment Ahmadou Al Aminou Lô, le nouveau Premier ministre du Sénégal ? C’est en 2025 que le grand public découvre cet économiste de formation, entré dans le gouvernement de Ousmane Sonko comme ministre secrétaire général en avril 2024. A ce poste, il est le pivot administratif du Conseil des ministres et le coordonnateur de l’action interministérielle. Mais c’est aussi celui que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye envoie au-devant de la scène dès les premières heures du fameux scandale sur la dette cachée.

Sur une chaine sénégalaise, en février 2025, Ahmadou Al Aminou Lô explique aux Sénégalais, avec la prestance d’un enseignant qui maitrise son sujet, que la situation économique du pays est préoccupante. La Cour des comptes a révélé l’existence d’une dette de plus de 7 milliards de dollars, environ 4000 milliards de FCFA, contractée par le régime de Macky Sall, qui n’apparait pas dans les comptes officiels. Une situation qui a fait grimper l’endettement du pays à plus de 100 % de son PIB, loin devant les critères de convergence de la sous-région, qui imposent un plafond de 70 %. Conséquence : le Sénégal ne peut plus avoir recours à la dette pour financer son budget alors même que les électeurs attendent beaucoup de ce nouveau régime porté au pouvoir par la ferveur populaire un an plus tôt. 

Les missions du nouveau Premier ministre de Diomaye Faye

« On a laissé à ce régime une bombe à retardement et on demande à ce même régime de développer le pays », avait conclu Ahmadou Al Aminou Lô devant les caméras. Pour résoudre ce qui apparaissait alors aux yeux des Sénégalais comme une quadrature du cercle, en avril 2025, Bassirou Diomaye Faye promeut alors cet économiste, ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), au poste de ministre d’État, ministre auprès de la Présidence, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 », le cadre de référence du projet de développement de ce pays de l’Afrique de l’Ouest.

La déclinaison décennale de cet agenda, baptisée Masterplan 2025-2034, est bien la matérialisation des propositions ébauchées par le nouveau Premier ministre quand il était encore ministre secrétaire général du gouvernement. Son leitmotiv : la rigueur budgétaire. « Le principal défi consiste donc à renforcer la gestion budgétaire et fiscale pour réduire la dette et stabiliser les finances publiques, tout en créant un environnement économique plus résilient et moins dépendant de l’aide extérieure », comme on peut le lire dans ce Masterplan.

Pour sortir la tête de l’eau, Ahmadou Al Aminou Lô propose aussi au président d’orienter le pays vers la souveraineté économique. « L’État limitera son endettement à des niveaux soutenables et augmentera significativement sa capacité de collecte de recettes fiscales, qui atteindront 30 % du PIB à l’horizon 2034. La rationalisation des dépenses publiques et la priorité donnée à l’investissement permettront d’allouer davantage de ressources aux secteurs stratégiques comme l’éducation et la santé, tout en favorisant une forte réduction des subventions coûteuses grâce à la production locale de produits essentiels », comme il est prévu dans le Masterplan en cours d’implémentation. 

Ahmadou Al Aminou Lô passe de l’ombre à la lumière

Bassirou Diomaye Faye vient une fois de plus de propulser au-devant de scène l’homme qu’il avait choisi, il y a un an, pour mener à bien l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Ahmadou Al Aminou Lô va définitivement passer de l’ombre à la lumière, de l’ambiance feutrée de son ancien bureau vers les joutes politiques et les batailles de pouvoir. Est-il prêt à passer le Rubicon ? 

Pour le journaliste ivoirien André Silver Konan, il faut interpréter l’arrivée de ce technocrate racé à la primature comme un message que Bassirou Diomaye Faye envoie subtilement à l’opinion : l’heure est à l’économie et pas à la politique. « Diomaye Faye n’a pas le choix. S’il veut remporter son duel face à Ousmane Sonko, il devra, inverser la courbe des indicateurs durant ces trois prochaines années et prouver par sa gouvernance que ces deux premières années non réussies, étaient le fait de son ancien Premier ministre », explique notre confrère ivoirien sur ses réseaux sociaux.

Alors que Ousmane Sonko tente de saisir une nouvelle branche pour rester dans le jeu politique après son limogeage, la semaine dernière, à l’Assemblée nationale en l’occurrence, Bassirou Diomaye Faye, lui, tente le coup de force qui consiste à assainir durablement les caisses publiques malgré la conjoncture morose actuelle. Il sait que s’il veut rempiler en 2029, il doit soigner son bilan en améliorant considérablement le niveau de vie de ses concitoyens. Une de ses promesses de campagne en 2024. Surtout l’opposition lui reproche de plus en plus d’avoir échoué à faire diminuer le coût de la vie des Sénégalais.  Il ne reste plus qu’à savoir si Ahmadou Al Aminou Lô saura transformer l’essai. Le président n’a pas de doute. Pour preuve, le service de la communication de la Présidence ne se prive pas d’encenser la nomination de Ahmadou Al Aminou Lô. « En le portant à la primature, le président de la République confie l’exécutif à un haut commis de l’État rompu aux questions monétaires et financières, présent au cœur du Gouvernement depuis le premier jour de la nouvelle ère, et déjà responsable, au sein de la Présidence, de la conduite opérationnelle de l’Agenda national de transformation ».

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Michel Ange Nga

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