Livre : le Camerounais Joseph Mbarga imagine une guerre d’horloge

Livre : le Camerounais Joseph Mbarga imagine une guerre d’horloge

Commentaires
3 min read

L’auteur signe un nouveau texte, satirique et universel, qui mérite d’être entendu bien au-delà des frontières de son pays.

Imaginez une ville dans laquelle deux horloges jumelles, au cœur du grand carrefour, indiquent deux heures différentes. Cinq minutes d’écart. Et toute une cité qui se déchire autour de cet écart dérisoire, se divise en factions, chacun défendant âprement son temps. C’est dans cet univers absurde et terriblement familier que Joseph Mbarga nous entraîne avec « Les États généraux du temps ». À la suite de cette première nouvelle, l’auteur camerounais propose aussi « L’espace d’une élection ». Les deux textes sont dans les présentoirs depuis cette année.

Deux nouvelles, deux miroirs tendus à nos sociétés. Dans la première, un proviseur par intérim découvre qu’un lycée bilingue est coupé en camps rivaux selon leur conception de l’heure exacte. La satire culmine dans une assemblée délirante où chaque délégation apporte son horloge personnelle, transformant la salle en cacophonie de coucous, gongs et carillons.

L’observation de Joseph Mbarga

Dans la seconde, un chercheur en sciences sociales dépose une main courante contre un bar bruyant. La fermeture du débit de boissons déclenche des polémiques virales sur les réseaux sociaux et l’attention d’un parti politique qui voit en lui un candidat idéal pour les municipales.

Ce qui frappe dans ces deux récits, c’est la précision chirurgicale de l’observation sociale. Joseph Mbarga ne dénonce pas, il décrit. Il ne juge pas, il met en scène. Et c’est précisément cette retenue qui rend sa satire si redoutable. Chaque détail : le censeur qui glisse un perfide « monsieur le provisoire » au lieu de « monsieur le proviseur », le militant qui appelle « camarade » un inconnu croisé devant un restaurant — est un éclat de vérité.

La langue est riche, parsemée de jeux de mots savoureux, de tournures inventives. En 80 pages denses qui se lisent d’une traite, l’auteur dresse un portrait saisissant de nos démocraties africaines à l’ère numérique : popularité fabriquée en ligne, indignations instrumentalisées, individu réfléchi happé par des dynamiques collectives qui le dépassent.

Partager cet article

About Author

Gabriel Nlend

La rédaction vous recommande