Au Cameroun, onze intellectuels qui veulent recycler la transition politique en transaction

Au Cameroun, onze intellectuels qui veulent recycler la transition politique en transaction

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Dans une tribune très médiatisée, onze intellectuels camerounais, basés à Washington, Paris, Montréal, Bruxelles, Johannesburg, proposent une transition institutionnelle. Mais à bien regarder, il s’agit davantage d’un deal entre élites pour éviter que le peuple fasse sa révolution.

Dimanche 28 septembre 2026, onze intellectuels camerounais publient une tribune intitulée « L’impératif d’une transition constitutionnelle au Cameroun ». Dans les chaumières et sur les plateaux télé camerounais, les réactions fusent. Entre ceux qui crient au complot, au buzz, et ceux qui essaient d’en débattre objectivement, personne n’a posé la seule question qui vaille la peine d’être posée : transition ou transaction ?

Le groupe des onze parle de « transition propre ». Le texte tel que conçu a le mérite d’être précis. Normal lorsqu’on a parmi les signataires un avocat de renom tel que Akere Muna, un économiste comme Eugène Nyambal ou encore un intellectuel de la trempe de Achille Mbembe. 

Quartiers populaires 

De la constatation de la vacance du pouvoir par le Conseil constitutionnel (article 7 de la Constitution de 1996) à l’intérim par le président du Sénat, en passant par l’organisation d’une élection présidentielle anticipée dans 120 jours, sans oublier les sept principes (inclusivité, non-exclusion du RDPC au pouvoir, protection de l’armée, dialogue en rapport avec la crise dans les régions anglophones, réforme de l’organe chargé de l’organisation des élections) et les trois interdits (pas de coup d’État militaire, pas de vengeance, pas de confiscation), sur le papier, tout semble irréprochable. C’est légaliste. C’est présentable à l’Union africaine, à l’ONU, aux chancelleries occidentales. Mais ce que le papier ne dit pas, c’est que nous sommes face à une transaction. 

Dans la tribune, le mot « peuple » apparait deux fois. Le mot « Constitution » 18 fois. Le mot « diaspora » sept fois. Ils parlent à Yaoundé comme un cabinet d’avocats à son client : « voici la procédure ». Pour eux, la transition est un problème de droit. Mais pour le Camerounais vivant au Cameroun, dans les quartiers populaires de Mokolo, de Nvog-Ada, etc. C’est un problème de survie. 

Si leur schéma pour la transition s’applique, il est certain qu’on va assister au remplacement d’une classe privilégiée par une autre, sans le peuple. Qui sera candidat ?  Eux-mêmes ? Comparaison n’est pas toujours raison c’est vrai. Les époques changent ça aussi c’est vrai. Mais il est aussi vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. L’approche du groupe des onze ressemble à quelques exceptions près à celle de la révolution française. 

Haute bourgeoisie 

En 1789, le peuple français désabusé veut une refondation totale du pays et rejette toute transaction avec l’ancienne noblesse boulimique restée trop longtemps au pouvoir. La haute bourgeoise, constituée d’avocats, de négociants, de médecins, représentant le tiers-Etat, qui paie les impôts sans avoir droit au chapitre, va provoquer la révolution française. Pour ce faire, il a fallu la collaboration des paysans, des sans culottes, etc. En gros, le petit peuple sans lequel la bourgeoisie aurait été écrasée par l’armée royale. 

Regardez le profil de la majorité des onze. Presque tous ont plus de 25 ans d’absence du territoire camerounais. Ils sont installés dans le confort des capitales occidentales, éloignés de la réalité de terrain, sans emprise sur la rue, mais ont des CV pour être des ministres de la transition. Ils symbolisent la nouvelle noblesse qui veut simplement remplacer l’ancienne noblesse au pouvoir sans interruption depuis 1982. 

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Patrick Ayin

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