La musique de la Centrafricaine Laetitia Zonzambé se nourrit de ses nombreuses ouvertures culturelles. Elle travaille aussi à mettre en valeur ses racines.
Cette année, on a découvert « Mo Za Mbi Na Be », votre nouveau single. Comment le public a accueilli cette nouvelle sortie musicale ?
Je suis très heureuse de l’accueil réservé à « Mo Za Mbi Na Be ». Le public s’est reconnu dans cette musique douce et sensuelle et dans son message fort : « La haine est un poison qu’on boit en espérant que l’autre en meurt ». J’ai reçu beaucoup de retours positifs de personnes d’origines différentes. Ce qui confirme que la musique reste un langage universel capable de nous rassembler.
Pour ce titre, vous avez collaboré avec Tiemdi. Comment s’est faite la rencontre avec ce chanteur d’origine haïtienne ?
Notre rencontre s’est faite à Montréal lors d’une formation professionnelle en édition musicale, organisée par l’APEM (Association des professionnels de l’édition musicale). Nous avons eu l’occasion d’échanger sur nos parcours, nos influences et notre vision de la musique. Très vite, nous avons découvert que nous partagions les mêmes valeurs d’ouverture culturelle et de mise en valeur de nos racines respectives. De cette rencontre professionnelle est née une véritable complicité artistique qui a naturellement conduit à notre collaboration sur « Mo Za Mbi Na Be ».
C’est sans doute un nouvel échange culturel. Pourquoi est-il important pour vous d’aller, sans cesse, à la découverte d’autres horizons culturels ?
Parce que chaque culture a quelque chose à nous apprendre. Voyager à travers les cultures permet de mieux comprendre l’autre mais aussi de mieux comprendre qui nous sommes. Je considère la musique comme un puissant moyen de rassemblement. Plus nous échangeons, plus nous nous enrichissons mutuellement. Mon slogan est « Vive l’art qui rassemble ! »
Pourquoi le kizomba ?
J’aime particulièrement le kizomba pour son rythme, son groove et toute l’émotion qu’il véhicule. C’est une musique qui favorise la rencontre, le partage et la connexion entre les personnes. Elle possède une élégance et une profondeur qui me parle beaucoup. Pour « Mo Za Mbi Na Be », ce choix s’est imposé naturellement. La sensibilité artistique de Tiemdi a apporté beaucoup de douceur et de finesse à l’interprétation. Et les percussions bantoues de Elli Miller Maboungou ont enrichi la chanson d’une couleur authentique et chaleureuse. La rencontre entre ces différentes influences a permis de créer un univers musical unique, à la fois enraciné dans nos cultures respectives et ouvert sur le monde. C’est précisément ce dialogue entre les sonorités, les sensibilités et les héritages culturels qui donne à cette chanson sa couleur particulière.
Tiemdi multiplie lui aussi les collaborations. Et il avoue que ces échanges l’ont fait grandir musicalement. C’est aussi votre cas ?
Absolument. Chaque collaboration est une école. Travailler avec d’autres artistes m’oblige à sortir de ma zone de confort, à écouter davantage et à expérimenter de nouvelles approches. Cela nourrit ma créativité et me permet d’évoluer constamment en tant qu’artiste.
Comment êtes-vous passée du rap, à vos débuts dans les années 1990, pour cet univers métissé que vous cultivez au fil des albums ?
Le rap a été pour moi un formidable moyen d’expression et d’affirmation. Mais au fil du temps, j’ai aussi ressenti le besoin d’explorer davantage mon héritage culturel, mes racines africaines. Ma collaboration à mes débuts avec le groupe Yoka Souka à Bangui, en République centrafricaine, a fortement contribué à mon épanouissement artistique et créatif. Des précurseurs tels que le guitariste Antoine Djogo, alias Massely, et Amos Kangala guitariste et chansonnier m’ont appris à fusionner les sonorités traditionnelles et modernes. C’est une évolution qui s’est faite naturellement et reflète mon propre parcours de vie. Aujourd’hui, je me sens libre de mélanger les influences tout en restant fidèle à mon identité.
Dans quelles circonstances vous vous êtes installée à Montréal en 2009 ?
Mon installation à Montréal en 2009 correspond à une étape de ma vie personnelle sur laquelle je ne vais pas m’étaler, et artistique. Cette ville m’a offert un environnement multiculturel exceptionnel, propice aux rencontres, à la création et à l’ouverture sur le monde. J’y ai trouvé un espace favorable pour développer mes projets artistiques.
En 2012, vous bénéficiez d’une subvention du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Peut-on dire que cette subvention vous a aidée à créer cet univers à mi-chemin entre l’universel et les sonorités de votre terroir centrafricain ?
Oui, cette reconnaissance a constitué un encouragement important. Elle m’a permis de poursuivre des recherches artistiques qui mettent en avant mes racines centrafricaines et les influences rencontrées au cours de mon parcours. Pour un artiste, bénéficier d’un tel soutien représente souvent la possibilité d’aller plus loin dans sa démarche créative.
Quel regard portez-vous sur la musique centrafricaine ?
La musique centrafricaine est d’une richesse extraordinaire. Elle possède une diversité de rythmes, de langues et de traditions, qui méritent d’être davantage valorisées à l’échelle internationale. Nous avons un immense patrimoine culturel à préserver et à transmettre aux jeunes générations. Je suis convaincue que la musique centrafricaine a encore beaucoup à apporter au monde.
Allez-vous monter sur scène en septembre prochain au Casino de Paris, aux côtés de votre compatriote Losseba Ngoutiwa ?
Ce serait un grand plaisir de partager la scène avec Losseba Ngoutiwa, mais ce n’est pas un projet qui est prévu pour le moment. En revanche, je suis très heureuse de voir un artiste centrafricain se produire dans une salle aussi prestigieuse que le Casino de Paris. C’est une très belle vitrine pour notre culture et pour la musique centrafricaine. J’espère sincèrement que cette présence ouvrira la voie à beaucoup d’autres artistes de notre pays et que nous serons de plus en plus nombreux à faire rayonner le talent centrafricain sur les grandes scènes internationales.
Après avoir partagé la scène avec Manu Dibango, Pierre Claver Akendengué ou encore Annie-Flore Batchiellilys, avez-vous la satisfaction d’une carrière bien remplie ?
Je ressens surtout de la gratitude. J’ai eu la chance de croiser des artistes exceptionnels qui ont marqué l’histoire de la musique africaine. Chaque rencontre a été une source d’inspiration. Mais, je considère que le parcours continue. Tant qu’il y a des projets à porter, des messages à transmettre et des publics à rencontrer, l’aventure se poursuit.
Pour terminer, quelle est votre actualité pour cette année ?
Cette année est placée sous le signe de la création, des collaborations et de la transmission culturelle. Je poursuis la promotion de mes projets musicaux, de mon nouveau spectacle « Nzoroko », tout en développant une initiative qui me tient particulièrement à cœur : IYEBIA NYTK (Na a yanga ti kodoro). Ce projet vise à promouvoir la diversité culturelle et linguistique de la République centrafricaine à travers le chant acappella que tout le monde peut réaliser amateur ou professionnel. Son ambition est de collecter, préserver et transmettre les chants, rythmes et mélodies populaires dans les différentes langues de notre pays, en utilisant les outils numériques pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Il s’agit aussi d’encourager les artistes à créer dans leurs langues maternelles, de sensibiliser les jeunes générations à l’importance de leur patrimoine culturel et de renforcer la cohésion sociale à travers la richesse de nos traditions. À terme, j’aimerais que cette initiative contribue à faire rayonner la culture centrafricaine bien au-delà de nos frontières.



