Sommet France-Afrique : à Nairobi, la France est pressée de choisir l’aile ou la cuisse

Sommet France-Afrique : à Nairobi, la France est pressée de choisir l’aile ou la cuisse

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Les sociétés civiles et les entreprises du continent sont attendus à Nairobi au Kenya pour une nouvelle édition du nouveau format du Sommet France-Afrique. Mais loin des apparences, ce rendez-vous est l’occasion pour Paris de choisir de tourner la page en rompant définitivement avec la relation paternaliste héritée de la post-colonisation. 

« L’aile ou la cuisse », le classique de la comédie française de Claude Zidi sorti en salle en 1976, met en scène Louis de Funès dans le rôle de Charles Duchemin. Ce critique gastronomique se retrouve face à un choix difficile à faire : sa carrière ou son amour pour la cuisine. Un choix difficile qui illustre bien celui de la France cette année. 

Le 29e Sommet France-Afrique, prévu les 11 et 12 mai prochain à Nairobi au Kenya, met sans doute le coq bleu blanc rouge au carrefour de son histoire avec l’Afrique. La France est sommée par les peuples africains de respecter ses souverainetés (économique et financière, politique, culturelle…) ou alors de disparaître des théâtres d’opération sur le continent mâtinés par la rude concurrence que se livrent les puissances. Pour éviter de se faire éjecter du continent, la formule qui sied à Paris est moins de promesses et de discours vaseux, mais plus d’actes concrets et significatifs. La France devrait opter pour une équation linéaire et différentielle à la fois, où les relations doivent être proportionnelles entre les parties mais en même temps évolutives en termes de croissance à tout point de vue dans le temps et dans l’espace.

Il est à noter que le sentiment anti-français est sans cesse grandissant en Afrique. Pour stopper cette vague, qui menace de noyer les intérêts français en Afrique, la solution n’est pas à trouver dans les actions politiques et institutionnelles, mais dans un changement de mentalité. Les responsables français en Afrique sont animés d’un complexe de supériorité entretenu par la nostalgie d’une époque où coulait le lait et le miel à profusion. Ces responsables veulent perpétuer cette époque révolue manifestée à la fois par un paternalisme et une condescendance. Le temps est venu pour Paris de passer à autres choses afin de mieux harmoniser la relation entre la France et chacun des pays africains.

Les discours politiques de la France 

Le pillage, le favoritisme et l’entretien des dictatures utiles aux intérêts de la France sont des comportements surannés, qui ont laissé des blessures pas encore cicatrisées. Selon un bon nombre d’Africains, les discours politiques français à l’endroit de l’Afrique sont généralement considérés comme hors sol. Ils relèvent plus de la communication et du marketing que d’autre chose. Cette épaisse couche de cosmétique ne cache désormais plus la surface décatie de la Françafrique. Elle trahit même un inconfort né du ressentiment des peuples africains que seul les inconscients et les naïfs ne voient point. La France est-elle prête au changement véritable ? C’est toute la question. 

Le coq français chante les louanges de la nouvelle formule des Sommet France-Afrique. Les chefs d’Etats africains ont un statut d’invités dans cette nouvelle formule. Désormais, on est passé de la conversation avec les chefs d’Etats à la conversation avec la société civile. En termes simples, le problème est déplacé d’un palier à un autre. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a pas de raison de croire à un changement profond à moins que les astres décident autrement.

L’Afrique n’a pas de problème avec la France 

D’ailleurs, les enjeux du sommet de cette année participent davantage à nourrir l’influence française en Afrique. Les chefs d’Etats attendus à Nairobi ne seront que des figurants servant de caution pour la légitimation. Même la société civile participante est pour ce sommet cautionnée et sélectionnée par les soins de la France. Les habitudes semblent avoir la peau dure…

Le Sommet France-Afrique de Nairobi, compte tenu des dynamiques nouvelles en Afrique et dans le monde, met la France devant un dilemme : continuer de pérenniser un système dont les limites et les frasques sont démasquées partout en Afrique malgré la cosmétique communicationnelle ou alors écouter et laisser l’Afrique profonde décider de son propre destin. Un choix pareil à celui de Charles Duchemin dans le film culte de Charles Zidi. 

Il faut bien se dire que l’Afrique n’a pas de problème avec la France, mais les Africains, eux, ont un vrai problème avec l’actuelle politique de la France en Afrique.

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Paul Edzoa

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