Le prix des fèves a officiellement connu une baisse de 60 % en quelques mois. Une « trahison » pour les paysans ivoiriens, qui s’attendaient à une meilleure campagne cette année.
En Côte d’Ivoire, pendant de longues semaines, le prix exact des fèves de cacao était inconnu des paysans. M. Kouassi s’en souvient. Il y a quelques semaines, quand il a vendu ses premiers sacs de cacao, il n’a pas d’argent. « On nous remettait à tous un reçu qui mentionne juste le poids sans indiquer le montant », raconte ce cacaoculteur installé à Abengourou, une commune située à plus de 200 kilomètres d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’ivoire.
Il a été obligé d’attendre quelques semaines avant d’entrer en possession de son dû et de constater que le prix pratiqué est en chute libre. Depuis, il ne décolère pas : « Nous les planteurs ivoiriens, dans cette campagne, nous avons d’énormes difficultés », a-t-il fait savoir sans cacher sa déception.
Dès ce mois de mars, le gouvernement a officiellement reconnu que le prix des fèves a été revu à la baisse. Une baisse estimée à près de 60 %. En octobre dernier, le prix pratiqué était de 2800 francs CFA. Aujourd’hui, il est de 1200 francs CFA. Une baisse que les autorités se sont pressés de justifier. « Le système de stabilisation est resté résilient. Mais l’effondrement continu du prix du cacao sur le marché international nous oblige à faire un réajustement », a fait savoir Bruno Koné, le ministre ivoirien de l’Agriculture.
Alassane Ouattara
Pour plusieurs cacaoculteurs ivoirien, cette explication s’apparente ni plus ni moins à une « trahison ». Ces derniers se souviennent encore des promesses du président Alassane Ouattara. « Je vous annonce qu’au titre de la campagne de commercialisation 2025-2026, le prix bord champ garanti d’un cacao bien séché et bien trié est fixé à 2800 francs CFA », avait déclaré le président ivoirien à Abidjan, le 1er octobre dernier.
A la suite de cette promesse, un groupe de cacaoculteurs avait donné une enveloppe de 50 millions de francs CFA pour participer à la réélection du président Ouattara en fin d’année dernière. Sauf que M. Kouassi dénonce une campagne de propagande. « Ceux qui ont donné les 50 millions sont des planteurs sur le papier et pas des planteurs sur terrain. Car nous, qui entretenons vraiment des plantations, nous avons beaucoup de problèmes », fait savoir notre interlocuteur.



