Comme toutes les idéologies, le panafricanisme porté par des activistes populaires sur les réseaux sociaux, comme Kemi Seba, est de moins en moins impactant.
Le 13 avril 2026, l’activiste Kemi Seba, qui se revendique de l’idéologie panafricaniste, est interpellé et accusé de franchissement illégal de la frontière entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, d’apologie de crime contre la sûreté de l’Etat et d’incitation à la rébellion suite à la tentative de coup d’Etat dans son pays d’origine, le Bénin, etc. Maintenu en détention provisoire en Afrique du Sud, une audience pour sa libération sous caution était prévue cette semaine. Pour l’instant, il retourne en prison. L’activiste devrait être fixé sur son sort le 19 mai prochain.
Au-delà des faits, loin des tensions et des passions, cette interpellation suscite une question plus profonde et essentielle : celle de savoir comment dans un contexte politique global de sables mouvants les idéologies traditionnelles et plus particulièrement ce panafricanisme 2.0, qui a pour tête de proue Kemi Seba, entend atteindre ses objectifs.
Les idéologies ont des paradigmes dépassés
Émergées au XVIIIe siècle pendant la période des lumières, on peut dire aujourd’hui que les idéologies modernes ont fait leur temps. Du libéralisme avec ses accents de liberté individuelle, de propriété privée et de marché libre au développement du conservatisme porté par l’idée de respect de la tradition de l’ordre et de la stabilité en réaction à la révolution française du 17 juillet 1789, en passant par l’émergence du socialisme et du communisme au XIXe siècle, les idéologies ont évolué au fil du temps influencées par des contextes historiques et culturels différents. Mais comme toute création, le cycle de vie est le même : la naissance, la croissance et le déclin s’imposent.
Le sociologue Zygmunt Bauman dans son ouvrage, publié pour la première sous le titre en anglais « Liquid Modernity », explique pour le décrire l’état de liquéfaction des idéologies modernes. Selon lui, la société actuelle, avec une base de modernité solide, a connue des structures stables et des institutions durables. Seulement, les évolutions ont déclassé la modernité solide pour faire place à la modernité liquide. Ici les individus sont soumis à la logique de sables mouvants confrontés qu’ils sont à des choix infinis, des flots de décisions continuelles, des alternatives constantes.
Autrement dit, la mondialisation a créé un contexte où les idéologies nationales, les inégalités économiques, les changements climatiques, la perte de confiance des citoyens, le sens de la priorité sont devenus trop complexes pour être résolus par les idéologies traditionnelles. Comment dans un tel environnement de tectonique politique mondiale l’idéologie du panafricanisme, qui n’a jamais pu véritablement s’implanter sur le continent africain depuis plus d’un demi-siècle, ambitionne de se fixer ?
L’illusion de l’action
Sans structure ni stratégie véritable, les activistes 2.0 de l’espace cybernétique tel que Kemi Seba, Nathalie Yamb et bien d’autres encore, peuvent être de bonne foi, mais ils tombent dans les travers des idéologies traditionnelles avec la personnalisation du discours. Sans oublier le risque d’une illusion de l’action portée à son paroxysme avec les réseaux sociaux. Résultats des courses : les idées se fragmentent, les opinions se divisent à l’épreuve de la réalité. Les espoirs portés en eux par les Africains sont douchés par la froideur de la réalité politique, preuve d’un déficit programmatique et de l’illusion du panafricanisme 2.0.
Vers un idéal centré sur l’être humain
L’obsolescence des idéologies modernes et traditionnelles est une réalité. Face aux défis actuels de l’humanité en général et de l’Afrique en particulier, une évidence s’impose par sa puissance : il faut transcender toutes les idéologies traditionnelles et leur rigidité pour focaliser sur les besoins fondamentaux comme la dignité, la solidarité, la durabilité et la justice. Somme toute, il est venu le moment de placer l’idéal à la place de l’idéologie.



