JOAJ à Accra : la jeunesse africaine passe du savoir au devenir

JOAJ à Accra : la jeunesse africaine passe du savoir au devenir

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L’édition 2026 des Journées ouest-africaines de la jeunesse (JOAJ) s’est tenue à Accra la semaine dernière. La paix était au menu des discussions.  

Ils sont 5 000 jeunes à Accra cette semaine. Ils sont venus de 16 pays d’Afrique de l’Ouest pour assister aux Journées ouest-africaines de la jeunesse (JOAJ) 2026. Une rencontre régionale de jeunes Catholiques d’Afrique de l’Ouest, organisée ce mois au Ghana, sous le thème : « Prenez courage : les jeunes catholiques, acteurs et agents de paix et d’espérance en Afrique de l’Ouest ». 

Ces jeunes ont fait le déplacement du Ghana pour apprendre ce qu’est la paix. Plus encore, ils sont à Accra pour devenir la paix. Et sans le savoir, ils sont en train de rejouer la plus vieille histoire de l’humanité. Car il y a deux prises de conscience qui sont en train de se télescoper sous nos yeux, et qui expliquent pourquoi notre continent est à un carrefour. 

La première est spirituelle. Il faut comprendre que les Africains ne sont pas connectés à la conscience primordiale, mais qu’ils sont une partie de cette conscience. La seconde est factuelle, scientifique, et pourtant éminemment polémique. La raison est que l’Africain n’est pas une branche de l’humanité, mais son tronc. Son berceau.

Le berceau qui a oublié qu’il est berceau   

C’est un fait scientifique établi, pas une opinion panafricaine. Tous les génomes le prouvent depuis 2023 : l’Homo sapiens est né en Afrique il y a 300 000 ans à Jebel Irhoud au Maroc, puis à Omo en Éthiopie. La plus grande diversité génétique au monde se trouve chez les Africains. Un Bassa, un Ewondo, un Douala, un Zoulou, etc… sont génétiquement plus différents les uns des autres qu’un Suédois, un Japonais ou encore un Français. La raison est que le reste du monde n’est qu’un petit sous-ensemble parti d’Afrique il y a 70 000 ans. 

Autrement dit, l’Africain n’est pas un Homme parmi d’autres. Il est l’Homme originel. La conscience primordiale ou Dieu s’est d’abord expérimentée sous une forme humaine ici, sur la terre d’Afrique.

Et c’est là que la blessure est immense. Le berceau de l’humanité a passé 500 ans à croire qu’il était la périphérie de l’humanité. On nous a appris à savoir que nous venons de l’Afrique, mais jamais à devenir des Africains au sens originel. Autrement dit, des porteurs de cette conscience première. 

Nous savons que l’Afrique est le berceau comme nous savons que Dieu existe. Mais nous vivons tout de l’extérieur : vaccins, manuels scolaires, modèles de développement, validation. La raison coloniale a érigé un mur qui nous a fait considérer les choses uniquement sous le prisme du savoir occultant celui du devenir. On a appris aux Africains qu’ils sont le berceau tout en les empêchant de le devenir.

Devenir le berceau, pas seulement le savoir  

C’est ce qui se joue à Accra. Et c’est pourquoi ces JOAJ sont plus importantes qu’une simple rencontre catholique. 

Quand ces jeunes décident de devenir eux-mêmes des agents de paix, au lieu d’attendre une résolution de l’ONU, ils font un acte de méta-africanisme. Le méta-africanisme ce n’est pas porter un boubou et crier « Afrique ». Au contraire, c’est passer du symbole à l’action mesurable, qui part de l’Afrique et des Africains eux-mêmes.

Devenir berceau c’est prendre conscience que la conscience primordiale incarnée en premier alors, la solution à nos problèmes ne peut pas venir d’ailleurs. Elle doit émaner de nous. 

Un fait qui peut faire polémique c’est la paix. Depuis 1960, nous avons eu 200 opérations de maintien de la paix étrangères en Afrique. Sommes-nous en paix ? Non. Parce que la paix importée se sait, elle ne devient pas. La paix qui vient d’Accra, elle, se devient. Un jeune qui refuse de partager une vidéo de haine tribale sur TikTok fait plus pour la paix que 10 résolutions du Conseil de sécurité. 

L’Afrique doit redevenir source 

La prise de conscience est donc double et unique. Les Africains prennent conscience qu’ils sont une partie de la conscience primordiale. Je n’ai donc pas besoin d’intermédiaire pour exister. Je prends conscience que mon peuple est le berceau de l’humanité. Donc mon continent n’a pas besoin d’intermédiaire pour se développer.

C’est le même mouvement du savoir au devenir. De l’orphelin au berceau. De l’attente à la source. Le drame de l’Africain c’est qu’il est le berceau de l’humanité dans sa tête, mais il se comporte comme le mendiant de l’humanité dans ses actes. Il attend que la banque mondiale valide ses projets de puits et autres. 

Les 5 000 jeunes présents à Accra, en décidant de devenir la paix au lieu de la quémander, sont en train de refermer cette fracture de 500 ans. Ils ne le savent peut-être pas encore : ils ne sont pas en train de faire une retraite religieuse. Ils sont en train de faire revenir l’Afrique à sa fonction première. Non plus la périphérie qui prie, mais le berceau qui créé. 

La question n’est plus : savez-vous que l’Afrique est le berceau de l’humanité ?  La question est : quand allez-vous enfin devenir ce berceau ? 

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Paul Edzoa

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